Collemboles : élevage et rôle dans le bac à isopodes

Cloporte gris sur une feuille de chêne humide, entouré de minuscules collemboles blancs, près de sphaigne verte

De petits points blancs qui sautent dans le terreau d'une plante verte ou sur le substrat d'un bac à cloportes : ce sont presque toujours des collemboles. Ce guide vous rassure d'abord sur ces animaux, puis vous explique leur rôle auprès des isopodes, comment lancer une culture, la récolter, la garder en forme et régler ses petits soucis.

Des collemboles dans vos plantes : aucun danger

Les collemboles ne piquent pas et ne mordent pas : ils sont sans danger pour les humains et les animaux de compagnie. Dans un pot, ils mangent surtout des champignons microscopiques et des racines mortes. Ils n'abîment pas une plante installée ; seuls des semis très jeunes peuvent parfois souffrir de quelques espèces.

Les voir en grand nombre signale surtout un terreau trop arrosé. Laissez sécher le terreau en surface entre deux arrosages : leur population retombe d'elle-même. Un insecticide est inutile, car c'est l'humidité qui les attire. Ils ne risquent pas non plus d'envahir la maison : hors d'un milieu humide, ils se dessèchent très vite.

Pour un éleveur de cloportes, en revanche, ces mêmes animaux sont des alliés précieux. La suite du guide vous concerne.

Qu'est-ce qu'un collembole ?

Les collemboles sont des hexapodes : ils ont six pattes comme les insectes, mais la classification actuelle ne les range plus parmi eux. On en connaît plus de 9 000 espèces, presque toutes de moins de 6 mm. La plupart possèdent sous l'abdomen une sorte de ressort replié, la furca, qui les propulse quand on les dérange : d'où le « saut » qu'on remarque en ouvrant le bac.

Deux traits comptent pour l'élevage :

  • Ils respirent en grande partie par leur peau : ils se dessèchent très vite. Une culture qui sèche peut mourir en une journée.
  • Ils mangent des moisissures : filaments et spores de champignons, débris végétaux en décomposition, bactéries. C'est ce qui en fait une équipe de nettoyage.

Ne les confondez pas avec les acariens de nourriture : ceux-ci sont ronds, marchent lentement et ne sautent jamais. Le guide des problèmes courants vous aide à les distinguer.

Les espèces de la boutique et leurs différences

Collembole Aspect À retenir Culture conseillée
Folsomia candida Blanc, sans yeux, jusqu'à 3 mm, saute Uniquement des femelles qui se reproduisent seules : très prolifique Charbon et levure
Culture standard Collemboles communs, espèce non précisée Le choix économique pour ensemencer un bac Charbon et levure
Orange (Yuukianura aphoruroides) Orange vif, trapu, jusqu'à 4 mm, ne saute pas Prolifique, actif surtout la nuit Terre et riz
« Lilas » et « Yellow Albino » (Ceratophysella) Lilas ou jaune pâle, jusqu'à 4 mm Prolifiques ; la forme jaune est une sélection de la lilas Terre et riz
Rouge-orangé (Bilobella braunerae) Rouge, un peu plus grand que l'orange Plus rare ; peu de données d'élevage publiées Terre et riz

Chez Folsomia candida, à 21 °C, les œufs éclosent en une semaine environ et les jeunes deviennent adultes en trois semaines : une culture se reconstitue vite. Le collembole orange est souvent vendu à tort sous le nom de Bilobella braunerae : ce sont deux espèces différentes, et la vraie Bilobella est rouge.

Lequel choisir ? Pour nettoyer un bac à isopodes, Folsomia candida ou la culture standard suffisent ; toutes les espèces sont réunies dans nos collemboles de nettoyage. Les espèces colorées travaillent de la même façon mais se voient mieux : c'est surtout un plaisir d'observation. Gardez une seule espèce par culture : une espèce rapide finit par étouffer une espèce lente.

Leur rôle dans un bac à isopodes

Les cloportes broient les feuilles mortes et le bois ; les collemboles s'occupent de l'infiniment petit : moisissures naissantes, restes microscopiques, champignons qui poussent sur les déjections. Ils disputent aussi la nourriture aux acariens. Plusieurs fiches de la boutique, comme celles d'Armadillidium vulgare ou de Cubaris sp. « Rubber Ducky », les conseillent pour cette raison.

Soyons honnêtes : leur effet contre la moisissure repose sur l'expérience des éleveurs, pas sur une étude. Ils aident, mais ne remplacent pas les bons réglages : retirer les restes après 24 heures et doser l'arrosage restent indispensables (voir le guide humidité et aération).

Ils vivent là où le substrat reste humide. Dans le bac d'une espèce de milieu sec, comme Porcellio ornatus ou Armadillidium peraccae, ils se regroupent dans le coin humide : c'est normal. Dans un terrarium planté, ils font partie de l'équipe de base : le guide du terrarium bioactif détaille cette installation.

Font-ils concurrence aux isopodes ?

Aucune étude n'a mesuré cette concurrence. Les régimes se recoupent en partie, mais les collemboles visent surtout les champignons, les cloportes les feuilles et le bois. Ils ne s'attaquent pas aux cloportes vivants.

Le seul vrai risque est une pullulation : quand trop de nourriture traîne, leur population explose et peut gêner certaines espèces sensibles. Ne nourrissez donc jamais les collemboles dans le bac à isopodes : les restes des cloportes leur suffisent. Si vous les voyez couvrir la surface en masse, donnez des portions plus petites aux cloportes et retirez les restes plus tôt.

Lancer une culture

Une culture séparée vous fournit des collemboles toute l'année, pour ensemencer chaque nouveau bac. Il existe deux méthodes.

Méthode au charbon (Folsomia candida, culture standard)

Le charbon garde l'humidité par capillarité, offre une surface sombre où les collemboles blancs se voient bien, et rend la récolte très propre.

  1. Prenez une boîte alimentaire en plastique à couvercle, d'environ 2 L.
  2. Rincez des morceaux de charbon de bois horticole sans additif et disposez-les en une couche sur le fond. Le couvercle doit fermer.
  3. Versez de l'eau sans chlore (eau de pluie ou eau déminéralisée) jusqu'à mi-hauteur des morceaux.
  4. Déposez les collemboles avec le peu de substrat dans lequel ils arrivent.
  5. Émiettez une demi-pincée de levure de bière en paillettes sur le charbon, soit à peu près le volume d'un grain de riz.
  6. Fermez et placez la boîte entre 18 et 27 °C, à la lumière du jour mais jamais au soleil direct.

Les premières pontes arrivent en trois semaines environ. Comptez un mois avant la première récolte.

Méthode à la terre (collemboles colorés)

  1. Remplissez le fond de la boîte de terre forestière ou de terreau bio sans engrais, humide comme une éponge essorée.
  2. Placez une poignée de sphaigne humide d'un côté et quelques feuilles mortes en surface, pour qu'ils s'abritent.
  3. Ajoutez un petit morceau d'os de seiche.
  4. Nourrissez avec deux ou trois grains de riz cru pour une vingtaine de collemboles, laissés en place jusqu'à ce qu'ils moisissent et disparaissent.
  5. Arrosez à la cuillère, au ras de la terre : de l'eau versée de haut peut tuer ces animaux mous.

Ces espèces aiment 22 à 26 °C. Elles grimpent sur les parois humides : couvercle bien ajusté, toute aération sous grille fine. Une nourriture spéciale collemboles peut remplacer le riz ; donnez-la en petite quantité.

Coupe d'une culture de collemboles au charbon : couvercle, air, charbon, eau à mi-hauteur, levure

Récolter et ajouter des collemboles au bac

  1. Au charbon : soulevez deux ou trois morceaux couverts de collemboles et secouez-les au-dessus de la zone humide du bac. Pour un grand terrarium, vous pouvez aussi remplir la boîte d'eau : les collemboles flottent, et vous versez l'eau dans le terrarium avant de remettre le niveau à mi-hauteur.
  2. À la terre : prélevez quelques cuillerées de terre grouillante et déposez-les dans la zone humide, sous une écorce.
  3. Combien : une culture bien peuplée permet d'ensemencer trois ou quatre bacs de 5 à 6 L. Laissez-en toujours la majeure partie dans la culture : trop vidée, elle met des semaines à se refaire.
  4. Quand : dès l'installation du bac, de préférence le soir, car ils fuient la lumière vive.
  5. Vérifier : une semaine plus tard, posez le soir une rondelle de courgette sur la zone humide ; le lendemain matin, des collemboles doivent se trouver dessous. Retirez la rondelle.
De la culture au bac en quatre étapes : culture prête, secouer le charbon, zone humide, vérifier avec une courgette

Garder une culture en forme

  • Nourriture : une demi-pincée de levure tous les 4 jours. S'il en reste encore de visible, sautez ce repas. Si tout a disparu en 24 heures, augmentez un peu la dose.
  • Eau : une fois par semaine, regardez les parois. De la buée : tout va bien. Plus de buée, ou charbon sec en surface : remettez de l'eau jusqu'à mi-hauteur.
  • Air : ouvrez le couvercle une minute tous les deux jours pour renouveler l'air.
  • Duvet blanc sur la levure le lendemain : c'est normal, les collemboles vont le manger.
  • Une culture de secours : dès que la première boîte est bien peuplée, lancez-en une seconde avec au moins 50 collemboles. Si l'une tourne mal, l'autre prend le relais.
  • Les surplus : donnez-les ou ajoutez-les à vos bacs ; ne relâchez jamais d'animaux d'élevage dehors.

Les problèmes fréquents

Ce que vous voyez Cause probable Que faire
Collemboles immobiles, charbon sec Dessèchement ou froid Remettre de l'eau, vérifier la température
Odeur d'égout, eau trouble Trop de nourriture Rincer le charbon, nourrir moins
Points ronds et lents qui ne sautent pas Acariens Moins de levure, rien d'autre que la levure
Acariens partout malgré cela Culture envahie Nouvelle boîte avec des collemboles sains
Moisissure qui couvre tout Excès de nourriture Retirer le surplus, attendre que tout soit mangé
Population qui stagne Pièce trop froide, trop chaude ou obscure Revenir entre 18 et 27 °C, à la lumière du jour

Les acariens sont surtout une nuisance : ils ne touchent pas aux collemboles, mais leur prennent la nourriture. Une fois installés, on ne s'en débarrasse plus. La prévention compte donc : pas de flocons pour poissons ni de croquettes dans une culture au charbon, car ces aliments les attirent. Pour repartir de zéro, prélevez quelques dizaines de collemboles sur un morceau de charbon peu touché et installez-les dans une boîte neuve, avec un charbon neuf.

En résumé

  • Dans une plante verte, les collemboles sont inoffensifs : ils signalent seulement un terreau trop arrosé.
  • Dans un bac à isopodes, ils mangent moisissures et restes fins sans s'attaquer aux cloportes.
  • Folsomia candida ou la culture standard suffisent pour nettoyer ; les espèces colorées se voient mieux.
  • Une culture au charbon tient avec de l'eau à mi-hauteur, une demi-pincée de levure tous les 4 jours et un peu d'air.
  • Ne les nourrissez jamais dans le bac à isopodes, et gardez toujours une culture de secours.

Produits cités dans ce guide

Questions fréquentes

Les collemboles sont-ils dangereux pour les plantes ?

Non pour une plante installée : ils mangent surtout des champignons microscopiques et des racines mortes. Seuls des semis très jeunes peuvent parfois en souffrir. Leur présence en nombre signale surtout un terreau trop arrosé.

Comment se débarrasser des collemboles dans une plante d'intérieur ?

Laissez sécher le terreau en surface entre deux arrosages : sans humidité permanente, leur population retombe d'elle-même. Un insecticide est inutile, et ils ne peuvent pas coloniser la maison car ils se dessèchent très vite à l'air sec.

Que mangent les collemboles en élevage ?

Dans une culture au charbon, une demi-pincée de levure de bière en paillettes tous les 4 jours suffit ; sautez un repas s'il reste de la levure. Les espèces colorées élevées sur terre acceptent bien deux ou trois grains de riz cru pour une vingtaine d'individus.

Combien de collemboles mettre dans un bac à isopodes ?

Quelques cuillerées de culture, ou les collemboles secoués de deux ou trois morceaux de charbon, suffisent pour un bac de 5 à 6 L. Déposez-les dans la zone humide, sous une écorce : ils se multiplient ensuite selon la nourriture disponible.

Les collemboles gênent-ils les cloportes ?

Ils ne s'attaquent pas aux cloportes vivants et mangent surtout des moisissures. Le seul risque est une pullulation quand trop de nourriture traîne, ce qui peut gêner certaines espèces sensibles : ne les nourrissez pas dans le bac et retirez les restes après 24 heures.