Un cloporte en bonne santé mange surtout ce qui pourrit sous ses pattes : des feuilles mortes et du bois en décomposition. Le reste (protéines, légumes, calcium) vient en complément, en petites quantités, à un rythme simple. Après ce guide, vous saurez quoi laisser en permanence dans le bac, quoi donner chaque semaine et en quelle quantité, ce qu'il ne faut jamais proposer, et comment lire dans le bac les signes d'une alimentation à corriger.
Que mangent les cloportes ?
Les cloportes sont des détritivores : dans la nature, ils se nourrissent de matière végétale morte, surtout de feuilles tombées et de bois pourri. Ils ne mangent pas la feuille « nature » : ils recherchent celle que les champignons et les bactéries ont déjà commencé à décomposer. Chez Porcellio scaber, la consommation de litière culmine précisément quand les microbes y sont les plus nombreux. Ils grignotent aussi, à l'occasion, des cadavres d'insectes, des mues et des déjections.
Conséquence pratique : dans un bac à isopodes, le sol est le garde-manger. Un substrat vivant, fait de terre sans engrais, de bois blanc pourri et de feuilles, nourrit la colonie jour et nuit. La recette et les proportions sont détaillées dans notre guide sur le substrat pour isopodes. La fibre de coco seule, elle, ne nourrit pas : une colonie posée dessus dépend entièrement de ce que vous lui apportez.
La base, toujours disponible : feuilles et bois
Les feuilles mortes
- Lesquelles : des feuilles de feuillus, en priorité le chêne et le hêtre. Les feuilles de chêne en décomposition, déjà attaquées par les champignons, sont les plus appréciées. D'autres essences conviennent pour varier, comme celles de nos feuilles mortes.
- Combien : une couche d'environ 3 cm sur toute la surface, plus des feuilles broyées dans le substrat.
- Quand en rajouter : dès qu'il ne reste plus que les nervures, ou que la couche laisse voir le substrat. Avec une colonie nombreuse, cela peut arriver chaque semaine.
- Si vous les ramassez : loin des routes, des villes et des cultures traitées, sans aiguilles de conifères. Passez-les une semaine au congélateur avant usage. N'utilisez jamais un tas de feuilles tassées et détrempées qui sent l'ammoniaque.
Le bois blanc pourri
Le bois blanc pourri est un bois de feuillu attaqué par la pourriture blanche : clair, fibreux, il s'écrase entre les doigts. Il apporte de la cellulose et les champignons qui la digèrent. Gardez deux ou trois morceaux en surface, dont un dans la zone humide, en plus de celui émietté dans le substrat. Remplacez un morceau quand il est réduit en miettes. Certaines espèces en dépendent davantage : les grands Porcellio espagnols et Oniscus asellus, particulièrement friand de bois, en consomment beaucoup. N'utilisez jamais de bois frais : sa sève peut engluer les animaux.
Les protéines : une pincée par semaine
Les protéines ne sont pas indispensables à la survie, mais elles accélèrent la croissance, avancent l'âge de la reproduction et augmentent la taille des portées. C'est le complément qui fait vraiment grandir une colonie.
- Quoi : flocons pour poissons, gammares ou crevettes séchées, ou des larves de mouche soldat séchées. Variez d'une semaine à l'autre si vous voulez, une seule source suffit.
- Combien : une pincée pour une dizaine d'adultes. La bonne portion est celle qui est terminée en une journée.
- Quand : une fois par semaine, sauf si la fiche de votre espèce indique autre chose.
- Où : sur la zone sèche, sur une feuille ou une petite coupelle, où elle moisit moins vite.
- Le contrôle, 24 heures après : retirez ce qui reste. Si tout a disparu en moins d'une journée, augmentez un peu la pincée suivante. Si les restes moisissent avant d'être mangés, donnez moins.
Certaines espèces en demandent plus. Porcellio laevis est un gros mangeur de protéines : une fois par semaine, et deux fois si des jeunes ou des individus en mue sont grignotés. Les grands Porcellio comme Porcellio ornatus en reçoivent deux fois par semaine, comme les Ardentiella. À l'inverse, Armadillidium hauseni se contente d'une petite pincée toutes les deux semaines. La fréquence exacte de chaque espèce est indiquée sur sa fiche.
Évitez de donner les granulés à base de céréales en grande quantité : ils attirent les acariens de nourriture et moisissent vite.
Le calcium, en permanence
Un cloporte est un crustacé. Avant chaque mue, il stocke du calcium sous l'avant de son corps, puis le réutilise pour durcir sa nouvelle carapace. Une partie se perd quand même à chaque mue : chez Porcellio scaber, jusqu'à 46 % du minéral de la carapace. Sans réserve à grignoter, les mues ratent.
- Os de seiche : un morceau d'os de seiche posé sur la zone sèche, où il ne moisit pas. Tendre, il se râpe facilement. Remplacez-le quand il est presque entièrement rongé.
- Calcaire et craie : des éclats de craie naturelle en surface, et du calcaire concassé mélangé au substrat, qui se dissout lentement.
- En poudre : un peu de carbonate de calcium saupoudré en fine couche sur la rondelle de légume hebdomadaire : c'est la forme la plus facile à consommer pour les très petites espèces.
- Coquilles d'œufs : lavées, séchées et broyées, elles conviennent aussi.
Le calcium reste en libre accès : les cloportes s'en servent selon leurs besoins, inutile de le doser. Les Armadillidium, les Cubaris et les grands Porcellio en consomment particulièrement ; leurs fiches insistent sur ce point. Ne retirez pas les mues vides : beaucoup de cloportes les mangent pour récupérer leur calcium.
Légumes et fruits : un complément, pas une base
Les légumes apportent de l'eau et de la variété. Ils plaisent beaucoup, mais ce sont eux qui font moisir un bac quand on en donne trop.
- Ce qui convient : courgette, carotte, courge, patate douce, concombre ; en fruit, un petit morceau de pomme. Rincez tout ce qui se mange cru, et épluchez ce qui n'est pas bio : les cloportes sont très sensibles aux pesticides.
- Combien : une rondelle fine, de la taille d'une pièce de monnaie, pour une dizaine d'adultes.
- Quand : une fois par semaine. Ajoutez-en une seconde dans la semaine si tout a disparu en moins de 24 heures.
- Le contrôle, 24 heures après : retirez ce qui reste, moisi ou non. Un léger duvet blanc sur un reste est normal : c'est le signe de retirer plus tôt ou de couper plus petit, pas une alerte.
Dans les bacs humides, comme ceux des Cubaris, les légumes moisissent encore plus vite : donnez des portions plus petites et posez-les près des cachettes. Cubaris sp. « Rubber Ducky » y touche d'ailleurs peu. Dans un bac sec, posez-les côté sec : un légume qui pourrit crée une poche humide où la moisissure s'installe.
Les aliments du commerce
Les aliments préparés pour isopodes sont pratiques : ils se conservent, se dosent facilement et réunissent souvent protéines, fibres et minéraux. Un aliment complet pour isopodes peut remplacer votre pincée hebdomadaire de protéines, mais il ne remplace ni les feuilles, ni le bois, ni le calcium : la base reste la même. Le lichen et la mousse sont appréciés de plusieurs espèces, et les Ardentiella et Laureola les broutent volontiers. Vous trouverez ces compléments dans notre rayon nourriture et compléments. Même règle que pour le reste : une petite quantité, et ce qui reste au bout de 24 heures est retiré.
Ce qu'il ne faut jamais donner
- Les aliments salés, assaisonnés ou cuisinés : restes de repas, chips, plats préparés. Ils n'apportent rien et le sel comme les épices ne leur conviennent pas.
- Les légumes ou fruits traités non lavés, et tout ce qui vient d'un endroit où des pesticides ou insecticides ont pu être utilisés : les produits qui tuent les insectes tuent aussi les cloportes.
- Les feuilles ramassées en ville ou au bord des routes, et les aiguilles de conifères.
- Le bois frais et les pommes de terre germées, dont les germes dégagent du gaz carbonique dans un bac fermé.
- Les grosses portions de fruits sucrés : elles pourrissent, détrempent le substrat et attirent moucherons et acariens.
- Les aliments déjà moisis : retirez-les, ne les « laissez pas finir ».
La semaine type
Voici une routine qui convient à la plupart des espèces. Choisissez deux jours fixes, par exemple le lundi et le jeudi.
- Lundi : protéines. Une pincée sur la zone sèche.
- Mardi : contrôle. Retirez les restes de protéines. Notez si tout a été mangé.
- Jeudi : légume. Une fine rondelle. Pour une espèce à deux repas de protéines par semaine, ajoutez la seconde pincée ce jour-là.
- Vendredi : contrôle. Retirez le légume et les restes.
- Une fois par semaine, en même temps : regardez la couche de feuilles et le bois (rajoutez si besoin) et l'os de seiche (remplacez-le s'il est presque rongé).
Les feuilles, le bois et le calcium ne s'arrêtent jamais. Le même jour que le contrôle, profitez-en pour vérifier la zone humide, comme expliqué dans le guide installer son bac à isopodes.
Pendant les vacances, ne laissez ni légumes ni protéines. Avant de partir, remettez une bonne couche de feuilles, un morceau de bois neuf et un os de seiche, et humidifiez la zone humide : une colonie bien installée vit sur cette base pendant deux semaines.
Dans un terrarium bioactif avec un reptile ou un amphibien, les cloportes trouvent une partie de leur nourriture sur place : donnez moins de compléments, mais gardez feuilles, bois et calcium. Une colonie qui manque de base peut s'attaquer aux plantes tendres ; Armadillidium vulgare en est coutumier, et Cubaris murina peut grignoter les fougères. Notre guide du terrarium bioactif détaille l'équilibre.
Les signes d'une alimentation à corriger
| Ce que vous voyez | Cause probable | Que faire |
|---|---|---|
| Jeunes ou individus en mue grignotés | Manque de protéines | Passer à la fréquence supérieure indiquée sur la fiche |
| Morts juste après la mue, mues bloquées | Manque de calcium, ou zone humide qui sèche | Os de seiche et craie en permanence, zone humide stable |
| Restes moisis avant d'être mangés, acariens sur la nourriture | Portions trop grosses | Diviser la portion par deux, retirer après 24 h |
| Feuilles réduites aux nervures, bois disparu | Base épuisée | Rajouter feuilles et bois sans attendre |
| Plantes du terrarium grignotées | Base insuffisante | Plus de feuilles et de bois, un repas de protéines par semaine |
| Colonie qui ne grandit pas | Protéines rares, feuilles trop fraîches, froid | Protéines chaque semaine, feuilles en décomposition, température de la fiche |
Si les morts continuent malgré une alimentation correcte, la cause est souvent ailleurs (humidité, aération, chaleur) : le guide des problèmes courants vous aide à la trouver. Pour le rythme normal des premières portées, voyez le guide reproduction et colonie.
Ce qui change selon les espèces
Les grandes règles valent pour tous les cloportes ; les fiches précisent les écarts :
- Grands Porcellio (ornatus, expansus, haasi, bolivari) : protéines deux fois par semaine, beaucoup de bois blanc pourri et de calcium.
- Armadillidium : calcium encore plus important ; ils apprécient les légumes.
- Cubaris : calcium et calcaire en permanence, légumes rares et en petite quantité dans un bac très humide.
- Ardentiella et Laureola : lichen et mousse en plus de la base, protéines deux fois par semaine pour les Ardentiella.
- Petites espèces comme Trichorhina tomentosa : des portions minuscules, protéines réduites en poudre, posées sur une écorce.
En résumé
- Feuilles mortes de feuillus, bois blanc pourri et calcium en permanence : c'est la vraie nourriture des cloportes.
- Une pincée de protéines une fois par semaine (deux pour les gros mangeurs signalés sur leur fiche), retirée au bout de 24 heures.
- Une fine rondelle de légume par semaine, retirée au bout de 24 heures.
- Jamais d'aliments salés, assaisonnés, traités ou ramassés au bord des routes.
- Des jeunes grignotés signalent un manque de protéines ; des mues ratées, un manque de calcium ou d'humidité.






