Débuter l'élevage d'isopodes : le guide pour bien commencer

Deux cloportes sauvages gris sur une pierre calcaire claire, l'un roulé en boule, avec une feuille de chêne et du bois pourri

Élever des cloportes demande peu de place, peu de temps et peu d'argent, à condition de comprendre ce qu'ils sont et ce dont ils ont besoin. Ce guide vous donne une vue d'ensemble : ce qu'est un isopode, ce qu'un élevage demande vraiment, les six éléments indispensables d'un bac, le déroulé du premier mois, puis le guide à lire pour chaque sujet. À la fin, vous saurez si l'élevage d'isopodes vous convient et par où commencer.

Un cloporte, c'est quoi ?

Un crustacé, pas un insecte

Les cloportes, ou isopodes terrestres, sont des crustacés : leurs cousins sont les crevettes et les crabes, pas les insectes. On en connaît près de 4 000 espèces dans le monde, dont plusieurs vivent dans tous les jardins de France. Un insecte a 6 pattes ; un cloporte adulte en a 14, soit 7 paires, sous un dos fait de segments articulés. Il porte deux antennes bien visibles (une seconde paire, minuscule, passe inaperçue) et, chez beaucoup d'espèces, deux petits appendices à l'arrière, les uropodes.

Il respire par des poumons qui doivent rester humides

Ses ancêtres vivaient dans l'eau, et il en garde des traces. Chez beaucoup d'espèces, il respire par de petits poumons situés sous l'abdomen, visibles comme des taches blanches sur le dessous de la queue. Sa carapace laisse aussi passer l'eau : un cloporte se dessèche vite au sec. C'est pourquoi chaque bac a besoin d'une zone humide en permanence.

Il mue en deux moitiés

Pour grandir, le cloporte change de carapace toute sa vie, et d'une façon originale : d'abord la moitié arrière, puis la moitié avant quelques jours plus tard. Un animal blanc à l'arrière et gris à l'avant est donc simplement en train de muer. Avant chaque mue, il stocke du calcium qu'il réutilise pour durcir sa nouvelle carapace : sans calcium disponible, les mues échouent.

Schéma d'un cloporte vu de dessus et de dessous : antennes, 7 paires de pattes, uropodes, poumons, marsupium

La femelle porte ses petits

Il n'y a pas de ponte dans le substrat. La femelle garde ses œufs puis ses petits dans une poche sous le ventre, le marsupium, qui la fait paraître gonflée. Les jeunes en sortent déjà formés, blancs, longs de 1 à 2 mm, avec une paire de pattes en moins : la septième apparaît à leur première mue. Selon l'espèce, une portée compte de quelques petits à plusieurs dizaines ; chez Porcellio scaber, une vingtaine en moyenne.

Combien de temps vit-il ?

Selon les espèces, un cloporte vit en général de 1 à 4 ans ; les éleveurs annoncent le plus souvent 2 à 3 ans pour les espèces courantes. Une colonie, elle, ne s'arrête pas : les jeunes remplacent les anciens, et un bac bien tenu se garde des années.

Pourquoi élever des isopodes ?

  • Un animal de compagnie discret : silencieux, sans morsure, sans sortie ni vétérinaire. Un bac bien réglé sent la terre de forêt, pas l'animal. Ce sont des animaux à observer, pas à manipuler : on les prend en main le moins possible.
  • Une équipe de nettoyage : dans un terrarium planté, avec ou sans reptile ou amphibien, les cloportes mangent les feuilles mortes, les restes et les déjections, et aèrent le sol. Ils sont l'un des deux piliers du terrarium dit « bioactif », avec les collemboles.
  • L'observation : mues, femelles gestantes, naissances, vie de groupe sous l'écorce, et des centaines de formes de couleur, du gris sauvage au blanc taché de noir ou à l'orange vif. Enfants comme adultes s'y prennent vite.

Ce que l'élevage demande vraiment

Question Réponse courte
Combien de place ? Une boîte de 5 à 6 L, soit environ 30 × 20 cm au sol, pour une dizaine d'individus de taille moyenne. Les grands Porcellio demandent 15 à 25 L dès le départ.
Combien de temps ? Quelques minutes tous les 2 jours pour toucher la zone humide et l'arroser, puis un contrôle d'un quart d'heure par semaine.
Quelle température ? Une maison chauffée suffit pour les espèces de la classe Ambiante (dès 18 °C). Les espèces tropicales veulent 22 à 26 °C. Jamais de soleil direct.
Combien ça coûte ? De l'ordre de 40 à 70 € pour démarrer : la boîte, le substrat, les feuilles, le bois, le calcium et un lot d'une dizaine d'animaux faciles, souvent vendu entre 6 et 20 €.
Et ensuite ? Des feuilles et du calcium à renouveler, un peu de nourriture protéinée, puis un bac plus grand quand la colonie grandit.

La température est le premier critère de choix : relevez la température la plus basse de votre pièce en hiver, la nuit, avant de choisir l'espèce. La plage de chaque espèce est indiquée sur sa fiche.

Les 6 indispensables, en bref

Les six indispensables d'un bac à cloportes : boîte, aération, substrat, zone humide, feuilles et calcium, collemboles
  1. Une boîte qui ferme bien. Une boîte en plastique transparent de 5 à 6 L convient à la plupart des espèces faciles, comme notre boîte d'élevage ventilée. Le couvercle ferme sans jour : les nouveau-nés passent par la moindre fente.
  2. Une aération réglée. Sur une boîte de 5 L, une grille d'environ 6 cm à maille de 1 mm au plus suffit en général. Au bout d'une semaine, une partie du substrat doit être encore humide, sans moisissure ni odeur de renfermé.
  3. Un substrat qui nourrit. Environ 7 cm de terre forestière sans engrais, mélangée à beaucoup de bois blanc pourri émietté, à des feuilles broyées et à du calcaire concassé. Le sol est aussi le garde-manger : la fibre de coco seule ne nourrit pas les cloportes.
  4. Un gradient d'humidité. Environ un tiers du bac humide, sous une couche de sphaigne arrosée dès que sa surface commence à sécher, le reste plus sec. La zone humide sert à boire, à muer et à abriter les jeunes ; la zone sèche limite les moisissures.
  5. Des feuilles mortes et du calcium en permanence. Une couche d'environ 3 cm de feuilles de chêne en surface, à compléter dès qu'il ne reste que les nervures, et un morceau d'os de seiche sur la zone sèche. Une fois par semaine, une pincée de nourriture protéinée, comme des larves de mouche soldat séchées, retirée au bout d'un jour.
  6. Des collemboles. Ces minuscules animaux du sol consomment moisissures et restes. Beaucoup d'éleveurs versent quelques cuillerées d'une culture de collemboles dans la zone humide dès l'installation.

Le montage complet, couche par couche, est détaillé dans le guide installer son bac à isopodes. Si vous préférez tout recevoir d'un coup, le kit d'élevage avec colonie réunit la boîte, le substrat, le décor et des animaux.

Une règle s'ajoute à ces six points : une seule espèce et une seule forme de couleur par bac. Deux formes d'une même espèce se croisent et perdent leurs couleurs, deux espèces se font concurrence. Et aucun animal d'élevage ne doit jamais être relâché dehors.

Quelle espèce pour commencer ?

Pour un premier élevage, choisissez parmi les isopodes pour débuter, dans une espèce qui vit à la température de votre pièce. Trois exemples parmi les plus tolérants :

  • Porcellio scaber, le cloporte rugueux de nos jardins : supporte une pièce un peu fraîche et se reproduit vite.
  • Armadillidium vulgare, le cloporte « boule » classique, décliné en nombreuses couleurs.
  • Porcellio laevis, grand, vif et souvent visible, qui demande des protéines chaque semaine.

Si vous voulez des animaux qui se montrent volontiers et se roulent en boule, Armadillidium maculatum est aussi un excellent premier choix. Gardez les Cubaris colorés pour un deuxième élevage : ils demandent une chaleur stable et une colonie y démarre lentement.

Commencez avec une dizaine d'individus de tailles variées, des subadultes ou des adultes moyens : avec ce nombre, les deux sexes sont presque toujours présents.

Le premier mois, étape par étape

  1. Avant l'arrivée : montez le bac et faites-le tourner une semaine à vide si vous le pouvez. Arrosez la zone humide, regardez les parois, réglez l'aération.
  2. Le jour de l'arrivée : posez les animaux et leur substrat de transport sur la zone humide, près de l'écorce, puis refermez et laissez le bac au calme, dans la pénombre.
  3. La première semaine : ne fouillez pas. Les cloportes se cachent plusieurs jours, c'est normal. Touchez la sphaigne tous les 2 jours et arrosez-la dès que sa surface sèche. Les feuilles et le bois suffisent comme nourriture.
  4. Au bout de 7 jours : faites le contrôle de l'aération. Buée permanente sur toutes les parois ou odeur de moisi : ajoutez de l'air. Sphaigne sèche quelques heures après l'arrosage : masquez une partie de la grille au ruban adhésif. Soulevez l'écorce une seule fois : des cloportes regroupés dessous, côté humide, sont un bon signe.
  5. Semaines 2 à 4 : commencez la pincée de protéines hebdomadaire et retirez les restes au bout d'un jour. Complétez les feuilles, vérifiez l'os de seiche, et faites chaque semaine le même contrôle : parois, odeur, restes moisis.

Ne vous attendez pas à des naissances dès le premier mois. Chez les espèces rapides, les premiers jeunes arrivent souvent après 2 à 4 mois ; chez les espèces moyennes, après 4 à 6 mois. Le délai de chaque espèce est indiqué sur sa fiche. Pendant ce temps, vous verrez déjà des mues et peut-être des femelles au ventre gonflé.

Votre parcours de lecture

Chaque sujet a son guide détaillé. Lisez-les dans cet ordre :

  1. Choisir sa première espèce : les critères qui comptent et neuf espèces faciles comparées.
  2. Installer son bac : le montage pas à pas, de la boîte vide au contrôle de la première semaine.
  3. Le substrat : la recette, l'épaisseur selon l'espèce et quand le renouveler.
  4. Nourrir ses isopodes : feuilles, bois, légumes, protéines et calcium, avec les quantités et les fréquences.
  5. Humidité et aération : régler le gradient et la ventilation selon l'espèce, et lire les signes du bac.
  6. Reproduction et colonie : les premières portées, la taille du bac au fil des mois et quand diviser.
  7. Les collemboles : leur rôle de nettoyeurs et comment entretenir une culture.
  8. Le terrarium bioactif : faire vivre cloportes, collemboles et plantes dans un même décor.
  9. Les problèmes courants : moisissures, acariens, morts après la mue, et comment y remédier calmement.

En résumé

  • Les cloportes sont des crustacés : ils respirent par des poumons qui doivent rester humides et muent en deux moitiés.
  • Un élevage tient dans une boîte de 5 à 6 L et demande quelques minutes tous les 2 jours.
  • Les six indispensables : une boîte bien fermée, une aération réglée, un substrat nourrissant, une zone humide, des feuilles et du calcium, des collemboles.
  • Choisissez une espèce Débutant adaptée à la température de votre pièce, et une seule forme par bac.
  • Le premier mois, on observe sans fouiller : les naissances viendront plus tard.

Produits cités dans ce guide

Questions fréquentes

Un cloporte est-il un insecte ?

Non, c'est un crustacé terrestre, parent des crevettes et des crabes. Il a 7 paires de pattes au lieu de 3 chez les insectes, respire par de petits poumons qui doivent rester humides et mue en deux moitiés, l'arrière puis l'avant.

Combien de temps vit un cloporte en élevage ?

Selon l'espèce, un cloporte vit en général de 1 à 4 ans, et les éleveurs annoncent le plus souvent 2 à 3 ans pour les espèces courantes. Une colonie bien tenue se renouvelle d'elle-même et se garde bien plus longtemps.

Le cloporte est-il un bon animal de compagnie ?

Oui, pour qui aime observer plutôt que manipuler. Il est silencieux, ne mord pas, ne demande ni sortie ni vétérinaire, et un bac bien réglé sent la terre de forêt. Il demande surtout une zone humide entretenue tous les 2 jours.

Combien coûte un élevage de cloportes pour débuter ?

Comptez de l'ordre de 40 à 70 € pour démarrer : une boîte d'élevage aérée, du substrat, des feuilles mortes, du bois pourri, du calcium et un lot d'une dizaine d'animaux faciles. Les dépenses suivantes se limitent surtout aux feuilles et à la nourriture protéinée.

Peut-on mettre les cloportes du jardin avec ceux de l'élevage ?

Non. Les cloportes du jardin appartiennent souvent aux mêmes espèces que les formes de couleur vendues en boutique et se croisent avec elles : les couleurs se perdent. Gardez une seule espèce et une seule forme par bac, et ne relâchez jamais d'animaux d'élevage dehors.